Posted by Nicolas On novembre - 11 - 2013

guangzhou

Après l’excellent 2-2 obtenu en Corée du Sud, les Evergrande de Lippi n’étaient qu’à 90 minutes d’un exploit : ramener une Ligue des Champions en Chine après 23 ans d’absence.

23 ans d’attente. Dans un pays où tout est question de fierté nationale et d’élan patriotique, un tel vide fait toujours tâche. Habitués à se faire rapidement sortir sur le continent, les supporters chinois avaient trouvé en l’invincible armada de Lippi, un candidat parfait pour venir combler ce vide. D’autant qu’après avoir dominé le match aller mais s’être fait reprendre sur le fil, Guangzhou devait tranquillement aller chercher son deuxième titre de l’année, le premier continental de son histoire.

elkeson

A l’image des 23 ans d’attente, ce sacre annoncé aura paru d’une extrême longueur, comme une anguille que l’on tente d’attraper à la main. Emmené par son superbe trio Conca – Muriqui – Elkeson, Guangzhou dominait outrageusement le premier acte sans pourtant ne jamais parvenir à faire trembler les filets (la meilleure opportunité étant pour Conca dont la frappe faisant suite à un mouvement collectif de toute beauté, heurtait le poteau). Il fallait donc attendre le second acte pour voir Guangzhou faire chavirer le Tianhe Stadium par l’inévitable Elkeson. Auteur d’un appel croisé d’école, le brésilien, star de la saison, enchaînait d’un contrôle parfait avant d’ajuster Kim Yong-Dae. Le plus dur semblait fait mais rapidement, le duo Escudero – Damjanović venait rappeler à tout un stade que rien n’était écrit en football : Damjanović ramenait Seoul. La tension grimpait, la pression commençait à peser sur les épaules chinoises, un but pouvant offrir le titre aux sud-coréens. Malheureusement pour Seoul, Molina ratait totalement son match, gâchant les nombreuses situations offensives du champion de K-league. Nawaf Shukralla pouvait alors libérer le Tianhe Stadium, Guangzhou décroche sa première Ligue des Champion, la fierté nationale chinoise dans toute sa splendeur.

Le résumé :

Pas qu’une constellation de stars

Si Guangzhou dispose d’un trio offensif construit à coup de dollars et dont la qualité était largement au-dessus de la plupart des autres formations (même si le trio de Seoul n’avait pas à rougir de la comparaison par exemple), le triomphe des Evergrande vient également couronner une véritable stratégie sportive. Nombreux sont les clubs chinois à avoir pu attirer de nombreuses stars étrangères mais aucun n’était jusqu’ici parvenu à lutter sur le plan continental. Ce qui a fait la différence pour Guangzhou est forcément dans ce qui ne se voit pas au premier coup d’œil. Premièrement, les Evergrande n’ont pas seulement recruté de la star pour affoler les médias (pas de trentenaire en pré-retraite, que du jeune talent), ils ont su recruter de véritables apports, les exemples des Cleo puis surtout Barrios, rapidement éjecté du groupe car ayant oublié qu’il avait été recruté pour apporter sur le terrain, illustrent parfaitement cette stratégie. Si les médias ont longtemps souligné l’argent investi sur le recrutement d’un Conca, alors meilleur joueur du championnat brésilien, ils n’ont pas remarqué les arrivées de Muriqui, arrivé un an plus tôt, et d’Elkeson, arrivé cette saison, deux autres espoirs brésiliens.

lippi

L’autre pan de la stratégie des Evergrande est locale. A l’image de Zhang Lipeng, son latéral droit, ou de Gao Lin, l’autre star offensive, Guangzhou a également construit en s’appuyant sur les talents du pays. Si bien qu’aujourd’hui, ce sont 8 joueurs de l’effectif qui font l’équipe nationale chinoise dont la progression devrait suivre celle de son club phare. Restait la dernière phase, la plus importante. Car si attirer les meilleurs joueurs du pays et des étrangers qui apportent un vrai plus suffisait pour dominer le football local, à l’échelle continentale, il fallait quelqu’un capable de faire progresse cet effectif sur le plan tactique : et ce fut Lippi.

Car si Guangzhou avait de la qualité technique sur le plan individuel, il manquait ce mélange de rigueur et de variété tactique, apanage des sud-coréens par exemple. Et c’est en cela que Lippi a apporté énormément (il suffit de voir que l’effectif n’a pas été chamboulé entre l’ère Lee Jang-Soo et l’ère Lippi). Dernier exemple de cette formidable capacité d’adaptation tactique, la finale en elle-même. A une heure du coup d’envoi, Lippi surprenait son monde en modifiant sa formation : exit la pépite Gao Lin, Lippi musclait l’entrejeu avec Zhao Xuri, replaçant Conca en position de neuf et demi et Elkeson sur la droite, Zheng Zhi prenant en charge le rôle de sentinelle. Choix gagnant final même s’il ne se matérialisa pas au tableau d’affichage. Outre cette intelligence tactique, Lippi a également apporté le sens de la rigueur, Zhang Lipeng, le Sergio Ramos chinois soulignant récemment l’extrême exigence d’un coach qui pouvait les interrompre lors d’un entraînement pour corriger le moindre détail. Rigueur, concentration, discipline et variété tactique, Guangzhou était donc parfaitement armé pour lutter à l’échelon continental. C’est désormais chose faite avec ce premier titre international. Et nombreux sont les amateurs de football asiatique à les attendre au Maroc début décembre.