Après deux mois de pause, le football japonais reprend ce vendredi avec notamment un beau derby entre le Vissel Kobe et Kyoto Sanga. Cependant, ce match ne se disputera pas sous la bannière de la J.League, mais plutôt sous celle d’un tournoi de transition, la Meiji Yasuda 100 Year Vision League.
La saison 2025 était la dernière avec l’ancien calendrier, où les matchs se disputent de février à mars. Dès l’été prochain, la J.League, et globalement l’ensemble du football japonais hors système lycéen et universitaire, adoptera un calendrier automne-printemps, avec un début d’exercice en août ou septembre et une fin aux alentours du mois de mai, comme beaucoup de championnats européens. Beaucoup de pays en Asie ont adopté ce calendrier ces dernières années : Thaïlande, Indonésie ou encore Singapour, mais la J.League est le premier des trois « championnats majeurs » de la zone Est à franchir le pas ; la K League et la Chinese Super League conservant pour le moment l’ancien modèle.
Pour compenser l’absence de compétition jusqu’à l’été, la J.League a donc lancé un tournoi de transition, la Meiji Yasuda 100 Year Vision League qui coupe le pays en deux zones. La conférence Est, avec tous les clubs d’Hokkaido, du Tohoku et du Kanto, et la conférence Ouest, avec les clubs d’autres régions. Le Tokai et le Hokushin’etsu étant au milieu de cette séparation floue, certains clubs sont rattachés à l’Est et d’autres à l’Ouest. Pour les clubs de J1 League, il y aura donc deux poules de dix équipes. Le championnat se dispute en matchs aller-retour au sein de ces poules entre février et mai, pour un total de dix-huit journées. Avec une particularité, il n’y aura aucun match nul, des tirs au but étant mis en place à l’issue des quatre-vingt-dix minutes en cas d’égalité. En juin, les clubs ayant terminé à une même position en zone Est et Ouest s’affrontent. C’est à dire que les deux premiers s’affrontent, puis les deux deuxièmes et ainsi de suite. Le tout afin de déterminer le classement final de la compétition. Les trois premières places sont importantes, puisque les clubs remportent une petite somme d’argent. Mais c’est surtout la première qui est avantageuse, puisqu’elle offre un ticket pour l’Asian Champions League. Il n’y a pas de système de relégation, une chance pour les promus, qui auront le temps de s’acclimater au niveau de la J1.
Avec les mouvements de l’hiver sur le marché des transferts, on distingue plus ou moins trois types de manière d’aborder ce championnat. Tout d’abord, la continuité. Vainqueur en 2025, Kashima n’a presque pas touché à son effectif cet hiver. Clairement favoris, les Antlers de Toru Oniki devraient profiter de ce tournoi pour se mettre en confiance avant la saison 2026/27. L’occasion d’intégrer quelques jeunes prometteurs comme Homare Tokuda, Minato Yoshida ou Anthony Motosuna, mais sans tout changer pour autant. Idem pour le vice-champion Kashiwa, un peu plus actif sur le marché des transferts, mais qui a conservé presque tous ses titulaires de 2025, à l’exception de Tomoya Koyamatsu, parti pour Nagoya. Le club de Chiba s’est aussi renforcé avec des éléments parmi les meilleurs du système universitaire, comme Yusei Yamanouchi ou Rei Shimano. Et nul doute que Ricardo Rodriguez a envie de sa revanche face aux Antlers. D’autres clubs, plutôt considérés comme outsiders, ont conservé leurs bases. Machida, tout d’abord, qui sort d’une saison décevante. Go Kuroda est encore là et le club a encore renforcé ses fondations avec l’arrivée du sud-coréen Kim Min-tae. Bloc bas ou médian, joueurs athlétiques et toujours Yuki Soma devant pour faire tout le travail offensif, Zelvia semble prêt pour être l’une des pires formations à jouer, et à regarder.
Dans la zone Ouest, le Gamba Osaka et le Sanfrecce Hiroshima ont conservé la majorité de l’effectif de 2025, malgré un changement d’entraineur, et l’arrivée de deux allemands de trente-huit ans issus du groupe Red Bull. Du côté du club de Suita, Jens Wissing n’est pas épargné par les blessures, avec notamment celle de la recrue majeure Asahi Uenaka. En revanche, son effectif se connaît bien, et a les qualités pour surprendre dans une conférence très peu lisible. Et à Hiroshima, Bartosch Gaul devrait reprendre et améliorer les travaux initiés par Michael Skibbe en 2022. Enfin, dans des registres plus tragicomiques, Urawa et Tokyo n’ont quasiment rien fait cet hiver. Pas de changement de coach pour les Reds, malgré les résultats très délicats de Maciej Skorza. Une seule recrue : Eiichi Katayama, remplaçant à Kashiwa. Et ce malgré les pertes de Taishi Matsumoto, Tomoaki Okubo, Thiago Santana et Marius Hoibraaten. On ne comprend toujours pas ce que veut faire le club de Saitama. Et idem pour celui de la capitale. Conserver Rikizo Matsuhashi n’est pas une mauvaise chose, mais il n’a toujours pas l’effectif pour mettre son jeu en place.
D’autres clubs ont aussi misé sur la stabilité, mais pas tant par conviction que par choix économiques. C’est le cas du Tokyo Verdy, qui n’a enregistré qu’une seule recrue de plus de dix-huit ans : Shuto Tanabe et sa cinquantaine de matchs disputés sur les cinq dernières années. Avec des lourdes pertes en défense et en attaque ces six derniers mois, Verdy n’est clairement pas favori de sa conférence. Mais avec un effectif très jeune, le coach Hiroshi Jofuku prolongé et un capitaine Koki Morita particulièrement résilient, Verdy peut créer quelques surprises. Idem pour les Marinos, qui vont essayer de rester sur leur bonne dynamique de fin d’année 2025. Le mercato hivernal n’a pas été très agité, la direction sportive a ciblé les postes prioritaires, la défense centrale et les ailes, et s’est offert des joueurs performants de J2 comme Taisei Inoue et Tomoki Kondo. Pas de folies, Yokohama reste sur un fil financièrement, mais de la continuité qui peut payer. Pas de folies non plus pour le JEF United, promu mais pas très actif malgré un effectif relativement limité. Quelques valeurs sûres de J2 sont arrivées, notamment Takumi Tsukui et Taiki Amagasa, mais le club de Chiba misera surtout sur l’expérience de ses cadres. Enfin, même s’il n’y a pas particulièrement de problèmes financiers, le Cerezo donne l’impression d’avoir subi le marché des transferts. Des coups ratés, notamment Akito Suzuki, quelques départs plus ou moins bien comblés, et globalement pas vraiment de gros investissements à part des jeunes. Mais on peut supposer que le club d’Osaka se réajustera à l’été.
Enfin, certaines équipes de J1 profitent du tournoi de transition pour renouveler l’effectif et tester des choses. Kobe s’est séparé de Takayuki Yoshida et a récupéré un tandem Michael Skibbe et Tadahiro Akiba. Le champion 2023 et 2024 devrait logiquement changer son dispositif et son fonctionnement tactique, ce qui prendra du temps. L’effectif n’a pas beaucoup évolué en revanche, de quoi maintenir la cohésion de groupe créée par Yoshida. Ce dernier rejoint d’ailleurs Shimizu, qui s’est maintenu sereinement la saison dernière. L’effectif de S-Pulse est vieillissant, parfait pour le nouvel entraîneur qui ne fait de toute façon pas jouer les jeunes. Beaucoup de changements également à Kyoto. Jo Gwi-jae est encore là, mais il perdu cet hiver Taichi Hara et Yuta Miyamoto, que la direction sportive a remplacé par Henrique Trevisan et Alex Souza, qui n’ont peut-être même pas un dixième du niveau de leurs prédécesseurs. Sanga a globalement saisi toutes les opportunités de l’hiver : Haruki Arai, Fuchi Honda, Taiyo Hiraoka, Yusuke Ishida, Masaaki Murakami… beaucoup de chèques signés pour le club du Kansai. Deux promus ont également changé beaucoup de choses. Nagasaki a refait son attaque, en allant chercher une grosse variété de profils. Le V Varen met en place un projet cohérent, avec de l’argent dépensé intelligemment. Pour Mito, c’est plus compliqué. Le champion surprise de J2 s’est un peu fait piller et a dû recruter dans l’urgence sans trop de logique. Le coach Daisuke Kimori est de retour au club. Il a, entre temps, eu le temps de faire sombrer l’Albirex Niigata. Pas sûr que ce profil était le plus adapté. Du côté de Fukuoka, la direction a empilé encore davantage de buteurs et de gardiens inutiles et peu performants, mais n’a pas comblé les départs des ailiers Yuto Iwasaki et Kazuya Konno. Enfin, le plus gros changement aura sûrement lieu à Nagoya, avec le retour de Michael Petrović sur un banc de J1. Il succède à Kenta Hasegawa, qui laissera un souvenir affreux pendant encore quelques décennies. Grampus n’a pas enregistré autant d’arrivées que les autres équipes citées précédemment, mais devrait passer d’un des jeux les plus fade de J1 au jeu le plus offensif. Il faudra du temps. Ce sera sûrement compliqué à court terme, et le tournoi de transition arrive donc à point nommé.
Il y a donc plusieurs manières d’aborder la Meiji Yasuda 100 Year Vision League. Certains la voient comme un moyen de lancer une dynamique et la joueront sérieusement, quand d’autres y verront un laboratoire d’expérimentation, où une manière de débuter un nouveau cycle. C’est encore plus flagrant pour le tournoi J2/J3, où plus de la moitié des clubs de J2 ont changé d’entraîneur. Mais entre des saisons stressantes et serrées, ce genre de tournoi est bienvenu. Il y aura sûrement des matchs plus débridés, des jeunes espoirs lancés dans le grand bain, et une atmosphère parfois proche de l’amateurisme que l’on a perdu depuis quelques années et qui faisait une partie du sel de la J1. Des bonnes raisons pour suivre ce tournoi, À noter que quatre matchs seront diffusés pour chaque journée sur la chaîne J.League International.


